Au rythme des semaines

lundi 29 décembre 2008

Sur les marches


Je déteste aller au cinéma.
D’accord j’exagère. Etre enveloppé dans l’atmosphère d’une salle obscure, absorbé par les images d’un grand écran reste une expérience toujours particulière (en cas de bon film du moins). Mais les contrariétés qui y sont liées tendent à rendre mes visites très occasionnelles. Les exemples sont légions et ma dernière expérience post-réveillon n'est pas venue infirmer mon sentiment.

Le cinéma, c'est avant tout pour moi respecter un horaire et bizarrement c'est toujours dans la hâte que je m'y rends. Cette fois, le dommage était réel. Arriver à la séance juste avant le début d’un film, sorti seulement deux jours plus tôt avec des critiques unanimement positives, c’était s’exposer à ça : une salle pleine à l'exception deux premières rangées. J’ai bien tenté le coup. Imaginer un miroir grossissant qui n’arrête pas de bouger et votre seule intention consistera à détourner le regard. Je me suis dès lors réfugié sur les marches des allées comme en pleine Sorbonne occupée.
J'aurais pu quitter la salle mais heureusement, l'écran a retenu mon attention et effacé les désagréments de mon inconfort.

Je pense que c'est Godard qui l'affirmait à propos d'Hitchcock : il filme les scènes de meurtre comme des scènes d'amour et inversement celles d'amour comme des meurtres.
C'est un peu le procédé qu’a utilisé James Gray dans son film « Two Lovers ». L'incertitude amoureuse du héros (impressionnant Joaquin Phoenix) entre ses deux partenaires potentielles est vécue comme un véritable thriller. La forme rejoint d'ailleurs le fonds: autant que pour un film policier, notre vie ne tient parfois qu’à un fil sous les feux de l'amour, particulièrement pour des personnes éprises de passion - destructrice forcément et assimilée ici à une maladie.

Le film se déroule tranquillement, sans grand rebondissement mais s'appuie sur une peinture inspirée et envoûtante de différents lieux aux atmosphères presque tactiles. Le drame peut ensuite entamer son épilogue poignant et splendide.

Je pense particulièrement à cette scène de révélation avec la mère où l'amour filial transparaît dans la plus simple épure. J'imagine ces nombreux regards de bonté et de chaleur maternelle transmis quelques heures plus tôt à l'occasion de Noël.
La tendresse débute dans cette relation-là et la suite n'est sans doute que tentative de reproduction.


samedi 20 décembre 2008

Le parapluie troué


C'est beau un homme qui pleure.

L’autre soir, mon homme s'est laissé envahir par de chaudes larmes.

Habituellement, il est plutôt du genre « dur au cœur », le Jérôme (de Bob & Bobette) des sentiments ou le Jack Bauer si vous connaissez mieux, à moins que la froideur d'un Patrick Devedjian ou Didier Reynders… non là je vais trop loin, ce n'est pas un monstre tout de même.

Le style en tout cas à faire le gros dos quand on interroge trop profondément les tréfonds de son âme. Sans doute cache-t-il une peur de s'effondrer si le caractère implacable de certaines réalités venait à stagner à la surface de son quotidien ou d'apparaître faible en exprimant certaines émotions. Et pleurer comme une madeleine en est une (la madeleine de Proust en l’occurence).

D'ordinaire, il peut lever le bouclier dès que le sujet devient épineux, fuir avant de creuser la brèche mais une œuvre d'art a l'insidieuse tendance à induire des émotions inattendues, pendant une période suffisamment longue de surcroît dans le cadre d'un film, pour percer certaines résistances.

Vous me direz que tous les films peuvent créer un sentiment qui entre en résonance avec notre vécu. Je pense qu’il faut une émotion primaire créée par la qualité de l'œuvre pour atteindre ensuite la strate suivante, celle de son propre affect avec les souvenirs qui rejaillissent malgré soi.

C'est ce qui s'est passé pour mon chéri, pris dans les filets dressés par le scénario mélodramatique et dont les digues ont fini par céder au gré des associations diverses (sa mère, sa grand-mère, l'amour adolescent qui s'évanouit comme une jeunesse révolue).

Ne croyez cependant que je fais le fier en exposant cet épisode. J’ai éprouvé quelques difficultés à réprimer une larme lors de l'épilogue magnifique de ce film, une sorte de mélancolie joyeuse ou alors de bonheur triste.

Près de 45 ans plus tard, nos parapluies n'en finissent plus de se mouiller...







mardi 16 décembre 2008

La justice dans tous ses états


C'est l'actu-phare du moment en Belgique. Le procès du quintuple infanticide commis par une femme d'une quarantaine d'années. Le procès "en direct" sur les sites d'informations en ligne, commenté tel un match de foot.

Devant l'incompréhension que suscite ce drame, j'ai l'impression d'assister à la recherche (seulement par les médias ?) d'une explication se situant forcément à l'extérieur de la personnalité et des problèmes psychologiques de l'accusée. C'est bien entendu le devoir d'un procès d'établir les circonstances entourant les motifs d'un tel crime. Mais il semble que la volonté implicite dans le cas présent est de découvrir en quoi le mari, forcément violent, aurait déclenché l'événement, combien l'ami de la famille, très proche et demeurant en permanence dans son entourage, est un pervers qui a pu précipiter le drame (mon dieu, on a découvert sur son disque dur qu'il consultait des sites porno et gays!). N'a-t-on pas trouvé la semaine dernière un semi-coupable en la personne du psychiatre qui n'a pu répondre à la sollicitation écrite de sa patiente la veille du drame? Il règne cette impression qu'il est impossible qu'une mère puisse réaliser ce qu'elle a fait (ne dit-on pas que perdre un enfant est la pire des choses? alors provoquer cette mort, pensez-vous...) et qu'il faut donc trouver des coupables ailleurs (et plus volontiers masculins d'ailleurs). A moins que ne prévale l'idée inconsciente que la justice, souvent vécue comme solution raisonnée et pacifique devant le sentiment de vengeance des proches de la (les) victime(s), n'a plus vraiment de sens devant l'acte de cette femme désespérée qui si elle n'est pas folle, s'est infligée une douloureuse blessure éternelle que plus rien ne pourra égaler.


La justice impuissante, clap 2? Fin de la semaine dernière, la police belge a arrêté 14 personnes dont 6 ont été inculpées pour avoir fomenté un attentat terroriste. Parmi celles-ci, une femme déjà bien connue de la justice belge. Son premier mari fut l'assassin du commandant Massoud en Afghanistan et son deuxième mari est soupçonné d'être le cerveau de la cellule démantelée. Depuis des années, elle promeut le djihad sur internet et cherche à recruter de nouveaux apprentis-terroristes. La justice s’est placée en position d’attente du moment où elle fera le pas de côté permettant de l'impliquer dans une action plus concrète. Il n'est pas encore sûr qu'elle pourra y parvenir dans cette affaire.

Ce type de dossier m'interroge quant à la liberté d'expression et ses limites (qui suscite un débat vif ces dernières années sous des formes parfois très différentes : entre l'un qui veut interdire les propos homophobes et l'autre les insultes à la religion, les vues divergent forcément).

J'éprouve une certaine réticence à considérer la liberté d'expression comme absolue quand nous sommes face à des forces susceptibles de nuire à notre modèle de société (voire à notre société tout court). Dans le cas de cette femme, son arme réside dans l’écriture en vue de rallier des candidats décidés à se battre par les armes contre les valeurs de la société occidentale. Devons-nous laisser aux adversaires de notre démocratie les moyens de lui nuire? L'outil législatif permet bien de réprimer le caractère raciste ou d'incitation à la violence de certains propos mais les sanctions sont le plus souvent légères et ne permettent sans doute pas de combattre le problème de base posé (sans compter le rôle de martyr dont pourrait profiter cette femme en étant emprisonnée brièvement).

En off, certains préconisent l'élimination de tels cas par les services secrets (ce genre de mission existe, soyons-en sûrs). Il est cependant deux arguments qui empêchent de m'y rallier. D'une part, il faudrait mesurer les conséquences qu'une telle décision occasionnerait (représailles sous forme d'attentat, bref un risque d'escalade de la violence). D'autre part, c'est l'état de droit qui est ainsi menacé. Quand l'arbitraire s'installe à la tête de l'état, un vrai danger menace nos démocraties. Si j'imagine que certains pourraient faire un usage circonstancié d'une telle prérogative, comme s'assurer qu'il en soit toujours le cas? Prenons l'exemple de l'ultra gauche, une baudruche gonflée par Alliot-Marie depuis quelques mois et qui semble s'être dégonflée sérieusement quelques jours après les arrestations spectaculaires en Corrèze (lesquelles se déroulaient dans le cadre de la loi "terrorisme" ne l'oublions pas).

Je vais déjà loin, me direz-vous, en m'autorisant cette perspective de liquidation : tout le monde a le droit de s'amender (même après plusieurs "écarts") et puis, c'est une porte ouverte à la réflexion concernant la peine de mort (même si je ne suis pas d'accord sur ce point - j'estime qu'une action criminelle individuelle, même crapuleuse, doit se distinguer d'une action idéologique s'inscrivant dans une mouvance terroriste portant atteinte aux fondements de notre société - dont le rouage même minime pris dans la participation peut s'avérer bien plus important à l'échelle des conséquences).

Il n'est pas facile d'exprimer un tel avis alors que je suis un farouche adversaire du modèle répressif commun mis en place par le tandem Sarkozy-Dati.

Alors, peut-être qu'au fonds, notre arsenal législatif suffit et s'il ne peut être employé, la surveillance des éléments dangereux peut représenter la solution (comme cette fois-ci). Peut-être faudrait-il tout de même durcir les sanctions en cas de répétition du délit idéologique à portée terroriste bien que la détermination des frontières puisse constituer un exercice délicat (d'autant qu'il ne s'agit pas de stigmatiser une population ou une religion).

Peut-être d’ailleurs, la réponse de la justice est-elle en gestation…


mardi 9 décembre 2008

St Nicolas



La tradition est belge et remplace la symbolique du Père Noël dans le cœur des familles du plat pays. Le 6 décembre, jour de St Nicolas, consacre la distribution des cadeaux aux enfants sages (croyez-le ou non, il s'avère au final qu'ils le sont tous…).
Pour l'émoi que ces moments ont pu représenter pour moi par le passé, je comprends parfaitement l'impatience que ce jour représente pour nos enfants ou neveux (j'élargis le propos, personne ne pourra d'ailleurs croire que je suis papa).
J'ai donc sacrifié mon dimanche pour ma filleule et mon neveu. Oh le geste ne mérite plus tant de bravoure depuis que ma sœur s'est rendu compte que la décoration intérieure constituait un art de vivre aussi important que l'art culinaire (par exemple). Finies les ambiances blafardes dans cette maison clé-sur-porte (ne vous donnez pas la peine de me faire un double!), bonjour les meubles design, les lumières tamisées, les stores chinois, les plantes tropicales. L'effort est d'autant plus notable que ma sœur a dû l'accomplir quasiment seule (merci maman, merci papa tout de même), mon beau-frère jugeant le projet tout-à-fait accessoire et donc sans la moindre intervention financière nécessaire de sa part (c'est beau l'amour, non?). Bref, le moment s'est avéré moins pénible qu'il ne put l'être par le passé (surtout pour mon chéri qui ne peut avoir les yeux compatissants d'un frère ou d'un fils).
Pour couronner le tout, les moutards sont devenus moins morveux, bien que leur éducation connaisse encore ça et là quelques rigidités.
Mon cher beau-frère (oui, le même, les tares s'accumulent plus qu'elles ne se compensent) veille à s'assurer, avec une vigilance des plus extrêmes, que son fils reste dans la droite direction d'une vie hétérosexuelle normale (bien que pas forcément épanouie si j'en juge par le spécimen accompli censé servir de référence). Averti d'un deuxième "cas" homosexuel dans sa famille (je ne me compte même pas dedans, laissez-moi le luxe de la distance), il craint une contagion malheureuse et honteuse auprès de son seul fils. Lequel a la mauvaise idée, il est vrai, de vouloir se déguiser en fille comme sa sœur, aimer la danse et le chant, se regarder coquettement devant la glace ou encore préférer certaines couleurs vives au bleu garçonnet bien approprié. La banalité homophobe suscite bien quelques réactions amusées de ses proches mais ne deviendra jamais un sujet de conflit éducationnel central. J'aurais pu titiller cette sensibilité virile lors d'un de mes rares passages à leur maison mais une sagesse (mauvaise conseillère ?) m'en a préservé à l'occasion de cette St Nicolas. J'aurais bien coiffé la petite tête ronde de mon neveu de cette perruque de longs cheveux blonds qu'avait sortie ma filleule et auquel même ma grand-mère n'échappa pas. Je me suis contenté de lui faire la proposition afin de vérifier sa réaction. Devant son père, la réponse négative fusa, tel un conditionnement bien assimilé. Dans le contexte plus intime de sa chambre, il m'expliquera plus tard qu'il se déguise aussi comme sa sœur en Hannah Montana, la pop star juvénile de Disney. Le soulagement de son père ne passerait-il par l'émergence d'un équivalent masculin, un (H)anus Montanus de bon aloi? Oups! La partie n'est décidément pas gagnée…